Sujet 1:http://my-wutheringheights.skyrock.com/Un soupir, pour la forme. Un sourire qui se veut désolé- trop léger pour paraître vrai. Et voilà qu'avant que je n'aie pu montrer les dents, elle fait demi tour. Ses cheveux sont magnifiques lorsqu'elle pivote, au tournant du premier couloir. Je suis maintenant seule occupante de la pièce. Je la blesse et je le sais : mais mes blessures m'importent plus. Je devrais m'appuyer contre le ciment et ainsi me relever, je devrais projeter la porte sur le mur en l'ouvrant, et partir à sa poursuite dans les dédales de la cave. Je sais que je devrais, et je me vois le faire aussi nettement que si c'était réel. Exactement comme lorsqu'on rêve, entre le sommeil et l'éveil, qu'on se redresse dans son lit : la sensation est la même, mais le résultat, non. Je devrais la rejoindre. Reconstruire entre nous ce lien agréable, fluide, qui nous avait un jour caractérisé. Je devrais, mais je reste avachie là. Mes blessures m'importent plus. Mon numéro m'importe plus.
J'agrippe l'arme blanche qui repose sur mon flan droit. Un joli couteau à cran d'arrêt. Un outil magnifique. Je fais étinceler l'acier sous les néons dégueulasses du plafond. Je peux voir le dessous, sale, de mon menton, où de petits sillons plus clairs zèbrent ma peau. Des larmes. Celles que mes yeux ont pleurées. Quelques cheveux gras viennent se coller à mes joues rougies, souillés. Des larmes. Celles que mes poignets ont pleurées. Mais je m'en soucie peu. Je tiens le couteau à bonne hauteur, car si moi je suis dans un état lamentable, lui doit rester brillant jusqu'à l'ultime instant.
Aujourd'hui, j'en finis avec la vie. Non pas qu'elle me lasse, mais j'ai une amante hautement plus attrayante qui m'attends à l'autre bout du chemin. Noire, inconnue et infidèle, peut être. Mais pleine de tellement de promesse. Avant de disparaître, je désire toutefois vivre l'extase terminale. Je ne mettrai pas de gants blancs : je me déchire les chairs depuis mes quinze ans. C'est un laps de temps considérable : la plupart des gens pratiquant l'automutilation viennent à bout de cet esclavage après peu, ou en meurent. Moi, je persiste. Tout simplement parce que mes motivations ne sont pas les mêmes. On parle souvent d'expiation, de masochisme.. Dans mon cas précis, il est question de puissance. La lame est devenue mon alliée dans cette quête de pouvoir, celui du droit de vie ou de mort.
La morior... J'ai essayé quelque fois d'abattre des animaux, sans trouver satisfaction comme je l'acquiert en jouant de ma personne, et n'ai pas eu le courage d'expérimenter mes théories sur les humains autres que moi-même.. Mais mon corps est un terrain de jeu aux ressources inépuisables. La douleur que je me suis infligée durant ces sept années sont les plus belles jouissances que m'aient procurées l'existence. Même les multiples psychotropes que j'ai consommés, Même elle, ne lui arrive pas à la cheville. Avant de mourir, je tenais à énoncer ceci : seul le pouvoir triomphe, et il n'y a pas plus grande puissance que celle de la fin.
J'embrasse mon amante d'acier,
amoroso. Le rouge à lèvre qui y reste collé fait grandir mon excitation. J'en glisse le tranchant sur la courbe de mes mâchoires, la fait basculer vers ma jugulaire, sans pour autant appuyer sur le manche. L'impatience et le plaisir ont atteint leur paroxysme. C'est la parade amoureuse. Fidèle à moi-même, j'en baisse la garde pour mieux venir presser l'objet contre mon poignet, geste qui est devenu un rite depuis mes premières tentatives. Préliminaires. Je souris, je suis effrayante. Et le savoir me grise les sens encore plus. Les ébats vont déjà bon train. Mon corps maigre se tends sous la menace métallique, c'est le désir lui-même qui est appuyé contre ma peau brûlante. Cette lame m'a fait l'amour si bien et si souvent : Plus sagace que ce que quiconque m'a un jour procuré.
Lascivement, je m'agace en me piquant l'avant bras de la pointe de ma tendre,
mea seducere cultellus, et fini par poser le geste décisif. Je propulse la main qui tient l'arme-la droite- vers mon épaule gauche, décrivant ainsi une croix de mes deux bras, puis je le ramène avec tension ce même bras vers son emplacement originel, après avoir inexorablement rapproché le bourreau et la victime. Comme si je jouais un air de violon, j'avance mon archet, le tire, le renvoie en pliant le coude, inlassablement sur les cordes ensanglantées de mon instrument, tant et si bien que l'impression d'être amputée ne m'est quasi plus étrangère. Aucune sensation. Je jouis, j'en crie, je m'en mords la langue. Prise d'une frénésie soudaine, je m'ouvre le sein gauche avec lenteur, à travers le tissu crasseux de mon sweat-shirt XXL, seul vêtement que je porte, outre une culotte garçonne vieillie et déchirée.
La beauté du moment est saisissante. Mon bras inanimé viens soulever mon buste de quelques centimètres, juste assez afin qu'il me soit possible d'y apposé avidement les lèvres. L'appétit insatiable, je bois la vie à même la vie. Je bois à la gorge de la grande matrice. Mon sexe gonfle, enfle, palpite. Je devrais avoir honte de mouiller comme je le fais, mais c'est le dernier de mes tourments. Je tète et quémande le sang à la manière d'un bébé sollicitant le lait de sa mère. Repue, je repose la nuque sur le mur humide, et renverse péniblement ma tête afin d'en apercevoir les fissures, à travers le papier peint qui s'en décolle à demi. Je reprends mon souffle. J'ai mal, mais cette douleur est la mienne, une souffrance désirée. Elle donne une toute autre teinte à mon supplice. Je ris. Je vomis. Plusieurs fois. Je chante. Quelques comptines sinistres. De mon cru. Je vomis encore, à plusieurs reprises. De la bile et du sang. Mon poignet me démange. Je souris à ma lame, mon aimée. Puis, je ferme les paupières. Je m'estompe, je m'étiole, j'expire, je trépasse.